Placements et fortune

Le nouveau moteur de l’économie américaine, c’est l’IA

La croissance malgré des prix élevés et des taux en hausse est une réalité aux États-Unis, où l’économie est alimentée par les milliards investis dans l’intelligence artificielle (IA), comme nous l’explique Jens Korte, correspondant à la Bourse américaine. Quelles pourraient être alors les conséquences des élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre? Jens Korte et Thomas Fischer, CIO de la BCBE, font le point et parlent de l’importance de ces élections pour les marchés et l’économie suisse en particulier.  

Trois scénarios pour les élections de mi-mandat

Que se passera-t-il si les républicains conservent la majorité dans les deux Chambres, si chaque Chambre a une majorité différente ou si les démocrates reprennent le Congrès? Jens Korte, correspondant à la Bourse américaine, et Thomas Fischer, CIO de la BCBE, exposent les trois issues possibles des élections et examinent les retombées que chacune d’entre elles pourrait avoir sur les marchés et pour la Suisse. Ils se demandent aussi si les Bourses ne sont pas dopées à l’IA. 

Jens Korte correspondant à la Bourse de New York

«On pourrait presque dire que l’IA est ‹too big to fail›.»

Jens Korte, correspondant à la Bourse de New York

Correspondant à la Bourse de New York, notamment pour SRF, Jens Korte explique comment l’IA alimente la marche de l’économie américaine et quels sont les enjeux des élections de mi-mandat.

L’économie américaine en forte croissance

New York a de quoi fanfaronner cette année, et pas uniquement en raison des nombreux records qui ont été battus à la Bourse. Pour la première fois depuis 1973, les Knicks, l’équipe de basket new-yorkaise, a en effet remporté le championnat américain de la discipline. La ville a vécu des scènes de liesse. La nouvelle saison a débuté en octobre. Pour le premier match à domicile, au Madison Square Garden, les billets les moins chers se négociaient à plus de 1000 dollars. Les Knicks en ont interrompu la vente, admettant une erreur de tarification. Les billets devraient tout de même coûter 12% de plus en moyenne que lors de la saison précédente. En juin dernier, les supporters avaient dû mettre la main à la poche pour assister au dernier match à domicile, les billets les moins chers valant 9000 dollars. Et pourtant, le match s’était joué à guichets fermés.

Il est surprenant de constater à quel point les Américains dépensent, malgré les nombreux problèmes auxquels ils font face. Les prix élevés mettent nombre de personnes en difficulté. J’ai récemment passé quelques jours dans l’Idaho, le Wyoming et le Colorado. Ce sont surtout les prix à la pompe qui inquiètent la population. Le diesel n’a jamais été aussi cher, il dépasse parfois de plus de 60% son prix de 2025. Si peu d’Américains conduisent des voitures diesel, ce carburant est utilisé dans l’industrie, le transport et surtout l’agriculture. Les coûts plus importants sont donc répercutés, ce qui accentue la pression inflationniste. Le mazout devrait lui aussi renchérir fortement cet hiver. La hausse des prix est d’ailleurs la raison principale pour laquelle la Réserve fédérale américaine (Fed) a relevé ses taux d’intérêt pour la première fois depuis trois ans. 

Malgré tout, l’économie américaine reste solide et le marché de l’emploi se montre résilient. Quels sont donc les ressorts de la plus grande puissance économique mondiale? Une partie importante des nouveaux emplois créés l’est dans le secteur de la santé. La croissance économique profite des investissements dans l’IA, qui pourrait être à l’origine d’un tiers de l’expansion de l’activité cette année.

Des milliards investis dans l’IA

Les investissements dans l’IA sont colossaux. Les cinq grands groupes technologiques américains Alphabet, Amazon, Meta, Microsoft et Oracle prévoient d’investir à eux seuls plus de 700 milliards de dollars cette année, avant tout dans des centres de données, des puces, l’approvisionnement en électricité et d’autres infrastructures d’IA. Meta construit un centre de données en Louisiane sur une superficie d’environ neuf kilomètres carrés, soit environ un sixième de la surface de Manhattan. L’essor de l’IA ne profite pas uniquement aux fabricants de puces tels que Nvidia, Intel ou Micron Technology, mais également aux entreprises des secteurs des infrastructures et de l’énergie, comme Caterpillar ou GE Vernova.

Les effets directs de ces investissements contribuent à la croissance, tout comme les gains de cours des dernières années. Une partie de la population a gagné beaucoup d’argent à la Bourse et consomme donc sans compter. Il n’est pas étonnant, dès lors, que le gouvernement Trump ne veuille pas freiner le développement de cette technologie.  

Électricité, eau, dette: le revers de la médaille de l’IA

Toutefois, la population exprime toujours plus clairement son mécontentement. D’une part, la consommation d’électricité des centres de calcul est très élevée, ce qui fait craindre une hausse des prix de l’énergie à de nombreuses communes. D’autre part, les besoins en eau sont importants. Howard Lutnick, secrétaire américain au Commerce, a certes souligné que l’élevage de bovins consommait plus d’eau, mais il n’en reste pas moins qu’un centre de données peut nécessiter près d’un million de litres d’eau par jour, en fonction de sa taille, de son emplacement et de son système de refroidissement! La consommation de ressources par cette technologie ne fait pas l’objet de débats à Wall Street, à l’inverse de son financement. Il faut dire qu’une part non négligeable des investissements sont financés non pas par des fonds propres, mais par des crédits ou des montages financiers non conventionnels. 

Scott Bessent, secrétaire américain au Trésor, pense lui que l’IA contribuera à abaisser le montant de la dette. Il table sur une croissance économique annuelle durablement supérieure à 3%, notamment grâce à l’IA, ce qui devrait permettre aux États-Unis de rembourser leurs passifs. Pour l’exercice 2026, les charges d’intérêts ont été estimées à environ 2,8 milliards de dollars par jour en moyenne! Elles figureraient donc parmi les postes les plus élevés du budget de l’État, devant les dépenses militaires.

Le rôle des élections de mi-mandat

Dans un commentaire écrit dans ces colonnes il y a deux ans, j’abordais l’élection présidentielle et je me demandais si Wall Street pourrait maintenir le cap sans les ressorts qui étaient les siens. 2025 a été une année difficile, notamment en raison des droits de douane imposés par Donald Trump, mais elle s’est terminée sur une note positive à la Bourse américaine. Aujourd’hui, je réponds par l’affirmative: oui, la Bourse a continué sur sa lancée et s’est trouvé un nouveau meneur en l’IA.

Les élections de mi-mandat, qui se dérouleront en novembre, poseront le cadre de la seconde moitié du mandat de Donald Trump et influenceront sa capacité à faire passer au Congrès impôts et dépenses publiques. Pour la Bourse américaine, la géopolitique, l’inflation et les bénéfices des entreprises devraient toutefois peser plus lourd que la majorité au Congrès.

«Ce ne sont pas les élections qui seront décisives, mais leurs conséquences.»

Thomas Fischer, Chief Investment Officer de la BCBE

Pour les investisseurs suisses, la question est moins de savoir qui gagnera les élections de mi-mandat que comment évolueront ensuite les dépenses de l’État, les échanges commerciaux et les taux. Ces éléments influenceront les bénéfices des entreprises et les taux de change. Bien diversifier ses placements permet de ne pas avoir à se soucier de l’issue des élections.

Les facteurs décisifs pour Wall Street en 2027

La direction que prendra l’inflation aura une importance primordiale. Le renchérissement non seulement pèse sur le pouvoir d’achat de la population, mais fait aussi grimper les taux d’intérêt sur les marchés obligataires, qui entraînent à leur tour des coûts plus élevés pour les cartes de crédit, les crédits automobiles ou les hypothèques. Une hausse des taux d’intérêt n’est généralement pas favorable aux marchés d’actions. Il est donc d’autant plus étonnant que Wall Street soit restée aussi détendue depuis le début de l’année 2026. 

L’IA restera un élément majeur de l’équation. L’argent continuera-t-il à affluer dans le secteur? Ce qui pourrait jouer en faveur de l’IA, c’est que la Bourse et l’économie américaines risqueraient de s’essouffler bien vite sans elle. On pourrait presque dire que l’IA est «too big to fail». Le gouvernement devrait intervenir pour soutenir l’IA si celle-ci venait à ralentir, car elle est devenue indispensable à la croissance et stratégique face à la Chine. Quant à savoir si tout cela est judicieux, en particulier d’un point de vue écologique, c’est un autre débat.

Intelligence artificielle, crédit, conjoncture, conflits armés: les tensions perdureront en 2027.

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Date de publication: 23.10.2026

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